Fibromyalgie et mouvement : Pourquoi bouger vous épuise autant, et comment y remédier.
Les schèmes moteurs : ces petits programmes invisibles qui guident vos mouvements.
Vous rentrez d’une simple balade et vous êtes à plat. Vous avez préparé un repas et vos bras sont lourds comme si vous aviez porté des charges toute la journée. Tout effort, même minime, semble vous coûter dix fois plus qu’aux autres.
Vous reconnaissez certainement cette sensation : faire un geste simple — vous lever, cuisiner, marcher — et vous retrouver épuisé(e) d’une façon que vous n’arrivez pas vraiment à expliquer aux autres. Pas une fatigue musculaire ordinaire. Quelque chose de plus profond, de plus diffus.
« Je ne comprends pas pourquoi je suis aussi fatigué(e), je n’ai rien fait de spécial. » Cette phrase, beaucoup de patients fibromyalgiques la répètent. Ce que les proches interprètent comme de la paresse ou de l’exagération est souvent une surcharge neurologique invisible mais bien réelle.
Ce n’est pas dans votre tête. Et ce n’est pas non plus une question de « trop forcer », ou de « pas assez musclé ». Il s’agit d’une désorganisation réelle de votre système nerveux, quelque chose qu’on commence à mieux comprendre.
Chaque fois que vous marchez, attrapez un objet, écrivez ou dansez, votre cerveau planifie et coordonne le mouvement avant même que vous n’en ayez conscience. Pour que cette coordination soit la plus efficace possible, c’est-à-dire précise, fluide, et économe en énergie, le système nerveux s’appuie sur de petites « briques de mouvement » préassemblées, qu’il combine ensuite comme des pièces de Lego pour produire des gestes plus complexes.
Quand quelqu’un attrape un verre d’eau, son cerveau coordonne des dizaines de muscles en même temps : les mouvements de l’épaule qui orientent le bras dans la bonne direction, ceux du coude qui allongent le bras à la distance nécessaire, les doigts qui s’ouvrent et se préparent à la prise de l’objet, le tonus musculaire du dos qui s’ajuste pour maintenir l’équilibre. Tout cela y penser une seule seconde. C’est fluide, automatique, et ça ne coûte presque rien en énergie.
Ce mécanisme repose sur ce qu’on appelle des schèmes moteurs : des petits « programmes » que votre système nerveux a construits depuis l’enfance, et sur lequel il se base pour bouger de manière efficace.
Les schèmes moteurs : des automatismes gravés dans le système nerveux
Le cerveau ne pilote pas chaque muscle indépendamment. Il s’appuie sur des synergies motrices — des groupes de muscles précâblés ensemble — qu’il combine pour produire des mouvements complexes. Ces assemblages, décrits notamment par Bernstein et Berthoz, constituent un véritable alphabet du mouvement : économique, rapide, et largement inconscient. Bernstein, N. (1967). The Coordination and Regulation of Movements. — Berthoz, A. (1997). Le sens du mouvement.
Les travaux récents sur la fibromyalgie pointent vers une sensibilisation centrale : le système nerveux amplifie les signaux douloureux et corporels, y compris ceux liés au mouvement. Certaines recherches suggèrent que cette hypersensibilité altère les boucles sensori-motrices, forçant un contrôle conscient accru des gestes — ce qui génère une fatigue cognitive et physique disproportionnée par rapport à l’effort réel fourni.
Woolf, C.J. (2011). Central sensitization. Pain, 152(3). — Nijs et al. (2012). Altered motor control in chronic pain. Man. Ther.
Normalement, attraper un verre, se lever d’une chaise, marcher dans la rue : tout ça se passe sans que vous y pensiez. Votre cerveau coordonne des dizaines de muscles en arrière-plan, en une fraction de seconde, pour un coût énergétique quasi nul. C’est le propre des automatismes : ils libèrent votre attention pour le reste.
Mais lorsque ces programmes de mouvement sont mal calibrés, le cerveau perd cet accès automatique. Il doit alors diriger consciemment ce qu’il gérait jusqu’ici en arrière-plan : l’équilibre du bassin quand vous marchez, la tension de l’épaule quand vous tendez le bras, la coordination du souffle quand vous parlez et vous déplacez en même temps. Chaque geste ordinaire devient une micro-tâche cognitive, invisible bien réelle, qui accapare l’attention et qui mobilise l’énergie disponible.
Imaginez conduire une voiture en pensant à chaque appui sur la pédale, chaque coup de volant, chaque regard dans le rétroviseur, non pas une fois, mais en permanence, pour chaque trajet, même le plus court. Ce serait épuisant. C’est pourtant quelque chose qui ressemble à ce que vit votre système nerveux à chaque instant.
« Je rentre d’une simple course et je dois m’allonger. Je n’ai pourtant rien fait d’extraordinaire. » Cette fatigue que les proches ne comprennent pas — et que vous-même avez du mal à expliquer — a souvent cette origine : non pas un effort physique excessif, mais une surcharge neurologique continue, qui tourne en fond sonore à chaque mouvement.
Cette surcharge invisible peut expliquer bien des symptômes qui semblent ne pas avoir de cause précise : la fatigue disproportionnée par rapport à l’effort réel, les tensions musculaires qui réapparaissent toujours aux mêmes endroits, les douleurs diffuses qui résistent aux traitements classiques. Le corps n’est pas en panne — il est en surrégime constant, sans que rien à l’extérieur ne le laisse deviner.
Et dans le cas des troubles neurofonctionnels en particulier, cette désorganisation prend une forme encore plus déstabilisante : cette impression que votre corps ne vous appartient plus tout à fait, qu’il ne répond plus comme il devrait, qu’il fait des choses que vous ne lui avez pas demandées, ou qu’il ne fait pas ce que vous lui demandez. Ce n’est pas une question de volonté. C’est le signe que les boucles entre le cerveau et le corps se sont brouillées, et qu’elles ont besoin d’être réaccordées.
Quand ces automatismes se réorganisent, le cerveau se libère d’une partie de cette charge invisible. L’attention peut aller ailleurs. Le corps bouge avec moins d’effort. La fatigue, les tensions parasites, même le « brouillard mental » : tout ça peut reculer.
Repartir de la base : réapprendre au corps comment bouger
Le travail proposé en séance ne consiste pas à vous faire « bouger plus » ni à renforcer des muscles. Il s’agit d’explorer, à travers des mouvements très doux, les programmes de mouvement que votre système nerveux a peut-être mis de côté, et de l’aider à les réintégrer progressivement. De s’assurer que pour chaque mouvement de votre quotidien, dans chaque activité qui compte pour vous, votre corps sait comment faire. Rétablir chaque compétence de coordination, d’ajustement du tonus musculaire indispensable pour bouger de manière fluide, économe en énergie, avec plaisir.
Ce que ça change au quotidien : retrouver le plaisir de marcher lorsque le pied sait instinctivement s’ajuster aux reliefs du sol, sans crispation, ancré ; jouer avec joie avec ses enfants en extérieur sans craindre de perdre l’équilibre ou de tomber car les muscles de la colonne vertébrale ajustent naturellement leur tonus lors de nos mouvement, nous permettant de nous sentir stable et en sécurité…
Les réflexes primitifs : le point de départ du travail en séance
Les schèmes moteurs trouvent leur origine dans les réflexes primitifs du nourrisson (réflexe d’agrippement, de Moro, tonique asymétrique du cou, etc.) Ces réflexes ne sont pas seulement de simples automatismes de survie qu’observent les pédiatres pour évaluer la bonne santé du nouveau né. Ils posent également les fondations des coordinations motrices volontaires. Lorsqu’ils restent insuffisamment intégrés à l’âge adulte, ils peuvent générer des tensions chroniques, une désorganisation posturale et une surcharge du système nerveux autonome : des tableaux fréquemment observés dans la fibromyalgie. Goddard Blythe, S. (2005). Reflexes, Learning and Behavior. — travaux de Paul Landon sur l’Intégration Motrice Primordiale (IMP).
Vous vous reconnaissez dans ce tableau ?
Une première séance permet d’explorer ensemble où vous en êtes et ce que ce travail pourrait vous apporter concrètement.